La voix, dans tous ses aspects physiologique, psychologique, émotionnel et spirituel est un instrument parfait. Organe de la séduction, capable de transmettre les émotions les plus profondes, mystérieuse alchimie qui donne à chacun un timbre de voix unique, Platon disait d’elle qu’elle est le reflet de notre âme.

 

L’être humain est parfaitement conscient que la voix, parce qu’elle véhicule la parole et le chant, constitue le plus riche, le plus parfait des moyens de communication. Elle reflète toutes nos angoisses, nos blessures, nos tourments mais aussi - heureusement - bonheur, bien-être et joie de vivre. Travailler sa voix, c’est donc décider de parfaire la relation qu’on établit avec les autres.

Je vais vous décrire brièvement les différents organes de la phonation. Nous possédons quatre cordes vocales qui se trouvent à la hauteur de la pomme d’Adam. Pour parler et chanter, nous utilisons des deux cordes vocales inférieures. La corde vocale est constituée d’un muscle strié (comme le biceps) recouvert d’une muqueuse qui, elle seule, va vibrer. La simple prononciation du « la » entraîne 440 vibrations par seconde. Mais pour que la voix puisse exister, il faut :

- que les cordes vocales vibrent

- qu’elles soient humidifiées par les cellules glandulaires du larynx

- que le nerf pneumogastrique permette l’accolement des cordes vocales.

La Voix

 

Dans cette rubrique, je vais partager tout ce que j'ai appris de ma pratique du chant lyrique et de mon expérience de professeur de chant. Carte de visite de soi, la voix met en évidence la façon dont nous utilisons notre énergie. Ramener son énergie au centre de soi est la condition indispensable pour devenir maître de sa voix et, par extension, de sa vie et de ses relations.

 

En faisant vibrer sa voix et en la plaçant correctement, nous nous rechargeons totalement en énergie. Mal placée, elle devient au contraire un instrument de décharge énergétique car elle est à un carrefour des énergies hormonales, affectives, neurologiques et musculaires. Le travail de la voix structure physiquement et psychiquement. C'est le seul instrument à vent qui sache à la fois parler, rire, pleurer et...chanter. De plus, chanter est une gymnastique par laquelle plus de 400 muscles sont sollicités par le travail du souffle et de la voix. Si cultiver sa voix était une priorité pour tous, imaginons dans quel monde harmonieux nous évoluerions !

 

Par ailleurs, l'information donnée au corps par des sons vocaux adaptés à chacun produit des effets merveilleux : le corps entre en vibration. Les blocages d'énergie se dénouent et se dissolvent comme par enchantement... Même les douleurs disparaissent.

Les travaux de Masaru EMOTO sur l'eau -exposés dans son livre "Message de  'eau" ont mis en évidence que "les vibrations de la musique et des mots transmis dans l'air influencent l'eau plus que tout autre élément". Or notre corps - comme la terre- est composé à 70% d'eau. (Photo d'une carte :  "AME" tirée de "Oracle des cristaux d'eau" - Guy Trédaniel Editeur).

Quand on respire, les cordes vocales s’écartent. Lorsqu’on parle, chante, avale, rit ou pleure, elles se ferment. Ces ouvertures et fermetures sont possibles parce que chacune des cordes vocales s’attache à un petit cartilage mobile (l’aryténoïde) qui s’articule avec le reste du larynx.

 

On prononce les voyelles et les consonnes grâce aux résonateurs : palais, langues, lèvres. Le muscle de la corde vocale possède sept fois plus de réserve énergétique que le biceps. C’est pourquoi une fatigue vocale trahit une fatigue générale. Chaque personne a un timbre de voix différent qui est toujours en rapport avec la structure anatomique de son système phonatoire.

 

La voix, explique le Docteur Jean Abitbol (Chirurgien Cervicofacial, O.R.L. et Phoniatre) est le dernier élément de l’évolution humaine. Pourquoi ? Parce que, avant celle-ci, l’homme avait un larynx situé beaucoup trop haut pour pouvoir parler. Ce n’est que lors de sa mutation progressive, au cours du temps, que son larynx est descendu au niveau de la première à la cinquième vertèbre cervicale, augmentant ainsi la caisse de résonance, ce qui donne la possibilité d’émettre des voyelles et des consonnes. On ne peut  répéter que ce que l’on a entendu car l’ouïe et la parole sont intimement liés : c’est la boucle audio-phonatoire.

 

 

 

LE LARYNX

 

Comment fonctionne le larynx, unique instrument de musique qui soit à cordes et à vent ? Le larynx est un ensemble musculo-cartilagineux, surmontant la trachée et situé entre celle-ci et le pharynx. Le larynx est avant tout un sphincter, c’est-à-dire un robinet chargé de fermer la trachée. C’est un vibrateur par excellence. Pour obtenir une position idéale des cordes vocales qui font partie intégrante du larynx, il faut abaisser celui-ci le plus possible, en ouvrant bien la bouche. Cela permet au larynx de se positionner par sa partie postérieure le long des vertèbres cervicales. Les cordes vocales retrouvent ainsi toute leur élasticité.

 

L’énergie qui provient de l’air expiré des poumons fait vibrer les cordes vocales et cette vibration se répercute dans les cavités de résonnance : le pharynx, les fosses nasales, les sinus, le nez, le voile du palais, la bouche et l’ultime porte extérieure, les lèvres qui communiquent les harmoniques de la parole. On se rend compte qu’en fait c’est tout notre squelette qui chante, ce sont les vibrations transmises à nos os qui participent à la production du son. Si vous observez les chanteurs lyriques, leur bouche est toujours bien ouverte et encore plus lors de l’émission des notes aiguës. La mâchoire inférieure baissée, le larynx  est obligé de rester bas et de s’accoler dans la partie postérieure aux vertèbres cervicales. Le larynx est donc l’instrument principal de la vibration.

 

A la naissance, le larynx est très petit et la voix très aiguë. Au fur et à mesure de la croissance, le larynx grandit et la voix devient plus grave. Chez les filles, le larynx arrête son évolution très tôt et la femme conservera plus tard une voix rappelant celle de l’enfant. Pour les garçons, le larynx atteint une dimension supérieure, les cordes vocales sont plus longues et plus épaisses que celles de la femme et la voix est plus ou moins grave.

 

En résumé, plus le larynx et les cordes vocales sont courts, plus la voix est aiguë et à contrario, plus le larynx est long et large avec des cordes vocales appropriées, plus la voix est grave. Ainsi la femme parlera et chantera une octave plus haute que l’homme. Il est à remarquer que plus la pomme d’Adam est saillante chez l’homme plus la voix est grave, simplement parce que le larynx se penche vers l’avant quand il descend, alors qu’il est tiré vers l’arrière quand il remonte (dans le cas d’une voix moins grave).

​LES HORMONES et LA MUE

 

La voix est hormono dépendante, ce qui explique pourquoi celle des femmes est différente en tonicité et en puissance que celle des hommes. Le phénomène de la mue, déclenché par les modifications hormonales de la puberté, apparaît environ à partir de 14 ans. A noter que dans les pays chauds, la puberté commence un à deux ans plus tôt qu’en pays tempérés, alors que dans les régions polaires, elle est en retard d’un an environ.

 

la mue est provoquée par un afflux d’hormones mâles, la testostérone, qui entraîne une hypertrophie du muscle de la corde vocale et la formation de la pomme d’Adam.  Elle entraîne de surcroît un phénomène congestif dû à un afflux sanguin très important, à l’occasion duquel  le larynx se développe d’un tiers supplémentaire environ. Le squelette cartilagineux du « nouveau » larynx est alors désaccordé provisoirement par rapport à la résonance pharyngée. Cette hormone favorise également une augmentation de la cage thoracique et donc une plus grande puissance sonore. Si ces hormones arrivent en quelques semaines, le phénomène est très accentué. Si elles arrivent sur une plus longue période, leur action est moins importante. C’est ce qui détermine les différentes voix.

 

Chez les filles, la présence d’oestrogènes étant très forte, la mue est beaucoup moins importante que chez les garçons. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, les chanteurs d’église et d’opéra les plus fameux étaient des sopranos et altos masculins. Afin de préserver leur hauteur vocale antérieure à la puberté, ils étaient châtrés dans l’enfance. Cette pratique, qui débuta au XVIème siècle se répandit puisque l’accès des scènes d’opéra et des églises était interdit aux chanteuses. La puissance de la voix des castrats provenait de leur capacité pulmonaire et de leur embonpoint. Avant l’apparition des castrats, les falsettistes ou contre-ténor chantaient les parties musicales les plus hautes.

 

Aujourd’hui, les italiens parlent parfois de « falsettistes naturels » par opposition aux castrats qui possédaient cette voix grâce à un lourd sacrifice anatomique mais qui déployaient beaucoup de puissance. Cette voix s’obtient en utilisant le falsetto (fausse voix) : seules les fausses cordes vocales entrent en action, ce qui atténue la puissance de la voix.

 

De nos jours, nous entendons de plus en plus de jeunes hommes possédant des voix de haute-contre, qui ressemblent à ces voix de castrats. Ces jeunes hommes ont certainement leur virilité intacte mais je me demande si notre alimentation, de plus en plus envahie par des hormones cachées n’est pas, au moins en partie, à l’origine de ce phénomène.

 

On constate de nombreuses altérations vocales dues à l’âge. Le vieillissement de la voix peut être dû à plusieurs facteurs et notamment à une atrophie musculaire des cordes vocales. En effet, beaucoup de personnes âgées du fait de leur isolement parlent moins. Ces altérations entraînent de qu’on appelle la presbyphonie. La hauteur du son fondamental chez l’homme d’environ soixante-dix ans monte jusqu’à atteindre 125 à 130 Hz, alors qu’il descend chez la femme aux environs de 180 Hz, ce qui rapproche beaucoup les caractéristiques des voix d’homme et de femme chez les personnes âgées.

 

Puis, il y a les modifications dues au tabac. Quand on fume, deux produits agissent au niveau du larynx : le goudron et la nicotine. Le premier est cancérigène, le second exerce une action néfaste sur les muscles et les vaisseaux. A l’inspiration, la première cible, ce sont les cordes vocales. A l’expiration, de nouveau les cordes vocales. A chaque bouffée, il se produit donc deux traumatismes et si l’on parle en fumant, l’agression est encore plus importante du fait que, lors de l’expiration, les cordes vocales vibrent avec un air pollué par le tabac. Conclusion, si vous fumez, évitez de faire vibrer vos cordes vocales.

 

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RESPIRATION et PH SANGUIN

 

Ceci nous amène à la respiration qui occupe une place essentielle dans le travail de la voix. Sans une respiration bien conduite, maîtrisée et contrôlée, chanter sera très difficile. Quand nous venons au monde et jusqu’au moment où nous prenons la position verticale, nous utilisons la respiration abdominale. Il en est de même lorsque nous dormons. Quand nous sommes debout, en revanche, nous respirons au niveau thoracique supérieur, ce qui est défavorable pour le chant mais également pour notre vie quotidienne. Je pense, par observation, que nous commençons à respirer très haut, c’est-à-dire au niveau claviculaire, lorsque nous commençons à marcher. L’acquisition de la marche est un stress et le stress conduit à ce type de respiration.

 

Chroniquement sous-oxygénés, les occidentaux souffrent d’asphyxie cellulaire, créant un terrain acidifié, c’est-à-dire un pH sanguin trop acide, source de troubles compensatoires physiques et psychiques. La respiration a un rôle primordial pour rééquilibrer notre pH sanguin et libérer nos tensions musculaires et émotionnelles.

 

Nos comportements sont liés à notre vie émotionnelle. Nous offrons ou recevons des messages ou stimuli lorsque nous communiquons avec d’autres personnes et principalement par la voix. Ces stimuli sont des marques d’attention. Mais parfois ces émissions de messages vers autrui peuvent être plus violentes : un regard dur, des cris, parfois des interventions physiques. Nous ne vivons pas de manière neutre vis-à-vis d’autrui, notre comportement se construit par les signaux que nous recevons et ceux que nous émettons.

 

Les marques d’attention sont vitales pour notre équilibre, autant que le sont les besoins alimentaires ou respiratoires, ainsi que les exercices physiques ou intellectuels. Elles sont, tout d’abord, reçues dans le cadre familial. Par exemple, c’est la voix de notre mère, perçue par le bébé à partir du 6ème mois de gestation. Son cœur se ralentit à l’écoute de cette voix lui parlant alors qu’il reste constant si elle s’adresse à une tierce personne.

 

Puis elles s’étendront  au milieu scolaire et, plus tard, à l’environnement professionnel et à la société en général. Le petit enfant est façonné par ces marques d’attention, ce qui aura des répercussions sur son équilibre et, ultérieurement, sur la nature de sa vie émotionnelle d’adulte. Imaginez les dégâts causés par l’indifférence et le silence qui s’installent entre parents et enfants….

 

Le pH sanguin est légèrement alcalin. Lorsqu’il est à sa normalité, l’hypothalamus, notre cerveau émotionnel, est approvisionné par un sang qui favorise ses possibilités normales de réaction. Il engendrera une décharge immédiate consécutive à la charge d’un sentiment. Cette réponse appropriée de l’évacuation émotionnelle se déroule dans un temps raisonnable. Mais lorsque le sang devient moins alcalin que la normale, il inhibe les réactions hypothalamiques et les décharges émotionnelles s’effectuent plus lentement. Parfois, elles sont bloquées lorsque le sang devient acide. A l’inverse, si le sang devient plus alcalin, l’activité hypothalamique est suractivée et les déblocages émotionnels sont accentués. Ainsi, le pH sanguin est un régulateur essentiel de la vie émotionnelle.

 

Pourquoi le travail de la voix permet-il de débloquer les émotions ? Parce que la respiration constante que demande l’effort vocal, en évacuant un maximum d’acide carbonique, modifie vers l’alcalin le pH sanguin. Plus la respiration est intense, plus ce déplacement du pH sanguin est significatif. Ce qui, par retour, accroît l’activité hypothalamique et donc la libération des émotions. Il n’est pas rare que les premières leçons de chant soient émaillées de crise de larmes et que les cris jaillissent. Mais heureusement, l’abondance d’air si peu habituelle, euphorise et rend heureux.

 

Le mécanisme de la respiration est tributaire du fonctionnement –ou dysfonctionnement – de notre hypothalamus. Lorsque celui-ci est irrigué par un sang relativement plus acide que la normale, il se recroqueville sur lui-même et tend à ralentir la respiration. Les insuffisants respiratoires sont, dans leur majorité, des insuffisants hypothalamiques. La pratique du chant et de la respiration profonde induit l’évacuation immédiate et continue des tensions corporelles et favorise la vie des émotions, de sorte qu’elles ne s’accumulent plus. La sensation de sérénité et de plénitude se perpétue alors naturellement. Accéder à une respiration libérée favorise un état durable de l’équilibre physique et psychique.

 

LA VOIX DANS TOUTE SA DIVERSITE

 

Rien de plus révélateur qu’une voix. Dès qu’on entend celle d’un interlocuteur, hors de toute présence physique, on reçoit un certain nombre d’informations sur sa personnalité, sa condition physique, la nature de sa demande inconsciente. Indépendamment du contenu du message, nous décryptons non pas la parole mais la voix de l’autre, tout comme en sa présence, nous décryptons son visage, ses gestes, ses attitudes qui nous parlent plus que les mots qu’il prononce. La voix varie avec nos états d’âme, elle s’altère, s’affirme, se voile au gré de nos émotions ou des perturbations rencontrées. Et notre façon d’entendre l’autre va dépendre également, bien souvent, de notre propre disponibilité. Comme nos réactions à certaines voix, à certains accents, vont trahir nos rejets ou, au contraire, nous serons « tout ouïe » à l’écoute d’une belle basse chantante, d’un irrésistible accent slave ou d’une voix du sud baignée de soleil .

 

Parfois, la voix entendue est en concordance parfaite avec le moi profond. Et le visage qu’on découvre après coup ne nous surprend pas car on ne pouvait pas l’imaginer différent. Parfois, la voix est utilisée comme un masque, un artifice, elle permet de se cacher. Mais, à un moment ou à un autre, une brèche se fera, plus révélatrice qu’un long discours. Il y a les voix incroyablement jeunes chez des gens âgés. D’autres accusent leur âge, leur fatigue et leur lassitude. La voix feutrée, à peine audible, atone et fatiguée fait deviner le dépressif. Les voix enfantines, fluettes, attendrissantes ou naïves cachent bien souvent un désir d’être maternées et prises en charge. La voix de clairon, sûre d’elle, la « je-sais-tout », qui n’admet pas la contradiction, vous donne envie de fuir car tout lui est dû et signe une personne envahissante, un peu sadique parfois.

 

La voix agressive, foncièrement désagréable, presque injurieuse dans les propos tenus, constitue souvent une protection, tissée autour d’un être fragile et peu sûr de lui, qui attaque le premier de crainte qu’on le devance. La voix hypernerveuse, au débit rapide, saccadé, incisif. Elle n’a pas de temps à perdre et, pourtant, c’est bien de cela dont elle aurait besoin. La voix autoritaire qui n’admet pas de réplique. La voix commerçante, un peu mielleuse, trop aimable, parfois insidieuse, arnaqueuse comme celle du marchand de tapis ou de voiture, et qui vous verse du sirop dans l’oreille.

 

La voix dépersonnalisée, supposée établir un climat accueillant et rassurant, des hôtesses d’aéroport, ou bien, entendues dans les supermarchés. Voix identiques, superposables, robotisées, totalement dépourvues d’émotion ou de conviction, anesthésiantes… La voix désinvolte sur laquelle tout glisse. Et puis bien sûr, la voix séduisante, ensorcelante, enveloppante, toutes vibrations déployées… Comment résister ? Vous savez, comme celle de Gérard Philippe qui pouvait vous captiver même s’il avait récité l’annuaire !...

 

Comme la femme, l’homme plie sa voix à certaines conventions sociales. On reconnaît sa « classe » au timbre et à la maîtrise qu’il a de son appareil vocal. Ce n’est pas seulement une question de langage ou de vocabulaire, mais l’éducation, l’environnement, le mimétisme jouent un rôle essentiel. Il en est ainsi du « titi » parisien avec sa gouaille : le grain un peu rauque de sa voix le différencie radicalement de l’avocat conscient du moindre de ses effets vocaux, du conférencier un peu pontifiant et doctoral, qui mobilise l’attention de son auditoire, par une brillante maîtrise de son émission vocale.

 

La voix, sans aucun doute, a quelque chose à voir avec l’exercice du pouvoir. On songe au père qui « fait la grosse voix » pour impressionner  son enfant ou le gronder. Au patron qui élève la voix pour exprimer son mécontentement. Aux adjudants qui aboient leurs ordres. Et à la terrible brutalité vocale des certains soldats.

 

Jean-Loup Rivière (dans la Revue « La Voix – L’écoute ») écrit : « Il n’est pas de chef qui ne donne de la voix. L’orateur politique doit par la voix payer de sa personne comme par son sang le militaire le fera ». Il distingue « l’orateur consonantique » qu’il range dans la catégorie des « secrétaires d’Etat » surtout avant-guerre, et les « orateurs vocaliques » dans lesquels il verrait plutôt les leaders. Il cite trois orateurs dont le Général de Gaulle qui, en quelques jours de juin 1940 « invente » une voix, « la voix de la France ». Parce qu’il sait que, Général exilé d’une armée vaincue, sa seule arme, c’est sa voix ! Et avec quel résultat…

 

La voix projetée des grands tribuns, des avocats célèbres ou des tragédiens, admirablement utilisée avec des moyens aussi naturels qu’exceptionnels, faisait frissonner et vibrer les foules. L’utilisation du micro a « pasteurisée » les voix en les uniformisant, accentuée leurs défauts, amoindrie leur puissance tout en leur procurant une portée artificielle différente.

 

Il y a des hommes qui ne perdront jamais leur voix de petit garçon, tout comme les femmes enfants ne renoncent pas facilement à leur voix de petite fille. Tout le monde connaît la voix « BCBG », voix de jeunes loups soucieux d’exploiter le moindre de leurs atouts : voix nette, claire, bien timbrée, avec juste ce qu’il faut de virilité. Et puis, il y a ces voix un peu cassées, voilées, généralement graves du grand fumeur, du baroudeur qui fait « mâle » et attendrit les femmes. Comme si ces voix brisées d’hommes qui « ont vécu » portaient témoignage d’une virilité bouleversante.

La voix voilée, chez l’homme comme chez la femme, véhicule quelque chose d’indicible au niveau de l’impact sexuel.

 

Le timbre vocal est le reflet d’une personnalité et chacun doit user du sien propre, garant de son authenticité. Mais, psychologiquement, bien des êtres ne supportent pas la voix qu’ils possèdent. Les réconcilier avec elle, les aider à l’embellir, c’est aussi les aider à se réconcilier avec eux-mêmes.

 

On peut se poser des questions sur l’influence des conformations glottiques sur le timbre des voix et sur la langue des peuples, ou de celle d’un peuple sur sa voix. Peut-être comprendrions-nous mieux les peuples et les mythes qui les entourent si nous connaissions mieux l’interaction des langues et des conformations glottiques. La langue influe sur le langage, le langage sur la pensée, l’environnement sur la langue, etc…

 

Pourquoi nous sentons-nous à l’aise dans certaines langues, allergiques à d’autres, fascinés par certaines ? Qu’éveillent-elles en nous, de quelles vibrations se chargent-elles qui rencontrent nos propres vibrations ?... A ce propos,

 

Marie-Louise AUCHER, chanteuse, Musicothérapeute, fondatrice de la Psychophonie, a écrit de nombreux ouvrages. Elle a décelé de très curieuses différences entre les vibrations spécifiques d’une langue à l’autre. Les langues européennes prédominantes ont chacune une aire de vibration globale dans une zone du crâne :

 

- le NEERLANDAIS vers l’occiput, aboutit en bas de l’aire visuelle, dans la partie dévolue à la vue sensorielle. Or, les Pays-Bas ont toujours eu de grands peintres, en nombre et en qualité.

– L’ALLEMAND aboutis en haut de l’aire visuelle qui touche particulièrement la vue psychique, c’est-à-dire la mise en image mentale intérieure. Il y a là un rapprochement à faire avec la philosophie conceptuelle qui fleurit si facilement dans les pays de langue germanique. La formulation de cette langue oblige à visualiser, dès le départ de ses longues phrases, l’apogée terminale qui s’énonce toujours tard.

- LESPAGNOL envoie sa prédominance vibratoire dans la région corticale où nous avons conscience de l’épaule, du bras et des gestes manuels. La gestuelle magnifique et démonstrative de la langue espagnole est un fidèle reflet du si noble tempérament ibérique.

– Pour l’ITALIEN, le flux sonore partant naturellement du bas de l’homme pour aboutir au sommet de sa tête, nous donne une sensation d’équilibre et de facilité naturelle très sensible. Or, la zone corticale du sommet de la tête est celle de la conscience des pieds. Il semble que l’aisance et l’élégance de cette langue prennent l’homme sans complication mentale, dans un naturel parfait.

– Pour être morte, la LANGUE LATINE était employée, il y a peu de temps encore, dans toute la chrétienté. Lorsqu’on analyse la prédominance des vibrations dans la tête, on constate qu’elle active la zone préfrontale, celle dont les lobes du cerveau supportent la possibilité d’un choix logique et rationalisé. L’instinct ou la sensorialité y ont moins de place que dans les autres langues, mais l’élaboration répond à la zone de l’intelligence qu’elle éclaire.

 

 

Comparant la plage des vibrations du LATIN avec celle du FRANCAIS on peut voir que le français résonne aussi dans la région préfrontale mais que cette langue termine l’élocution beaucoup plus en avant et plus bas. Elle « nasalise » beaucoup plus, mettant en vibration le maxillaire supérieur et les os du nez. Elle oblige aussi à une fermeté labiale beaucoup plus impitoyable que le latin.

 

– L’abandon du LATIN dans les églises a déstabilisé plus d’un ministre du culte ainsi que les fidèles car l’aisance n’était plus la même avec la langue française. On constate que le latin offrait autrefois une pose de voix spontanée dont bénéficiait la qualité du chant. Or, en regardant autour de nous, on observe souvent que l’intelligence ne suscite pas forcément la foi. Les tonalités hautes, à teneur intellectuelle, vibrant en tête, qui ont été choisies pour la liturgie moderne, n’effleurent plus le cœur. De là à penser que l’abandon du latin a progressivement vidé les églises, il n’y a qu’un pas !

 

– l'ANGLAIS, quant à lui, vient aux lèvres sans résonner obligatoirement dans le crâne. Cette langue ne provoque pas de massages vibratoires. Seuls les américains ont nasalisé avec cette langue et amené la phonation en tête. Mais l’anglais classique coule entre les lèvres et reste uniquement mélodieux, sans structurer une caractéristique comme les autres langues européennes.

La hauteur, le timbre de la voix nous informent, dans nos cultures, sur l'âge et sur le statut social de quelqu'un. L’opéra, d’ailleurs, exprime clairement, à travers les rôles, ce consensus social : « Les pères nobles sont des basses ». Les rôles de sagesse, de puissance, d’autorité, de grandeur, parfois de cruauté, leur sont attribués.

 

Dans le lyrique, la splendeur vocale va toujours de pair avec une émotion charnelle qui galvanise le public et on dit que l’impact sexuel d’une voix est toujours transmis par des chanteurs dotés de robustes appétits. Le chant puise dans les racines vitales de l’être et lorsque nous sommes « touchés » (presque au sens propre du mot) par une grande voix, c’est que nous sommes entrés en résonnance  avec elle.

​CLASSIFICATION DES VOIX

 

Pour les néophytes, voici quelques explications sur la classification de base des voix lyriques, classification qui va déterminer le répertoire et le choix des morceaux à travailler. Les voix d’hommes se divisent en trois hauteurs : la basse, le baryton (voix moyenne à basse) et le ténor (voix aiguës). Pour les femmes, voix de contralto, de mezzo-soprano et de soprano.

 

Puis, il y a la classification par couleur, timbre, puissance et tessiture (la tessiture étant l’étendue vocale dans laquelle un chanteur se sent bien) : basse profonde, basse chantante, baryton-basse, baryton lyrique, baryton-verdi, baryton-léger, ténor lyrique-léger, haute-contre, contre-ténor ou falsettiste. Pour les femmes, la voix de soprano est le registre qui recèle la plus grande diversité : soprano dramatique ou wagnérien, soprano lyrico-spinto, soprano lyrique, soprano lyrique léger, soprano léger.

 

Le baryton dans le domaine sexuel, a bonne réputation et passe pour être meilleur amant que le ténor. C’est ce que prétend un psychiatre anglais , Glenn Wilson qui, après avoir étudié trois cent cinquante chanteurs de l’opéra de Londres, affirme que les barytons  ont plus de testostérone, hormone virile par excellence, alors que les ténors auraient plus d’oestrogènes, cette distribution hormonale se faisant, comme nous l’avons vu précédemment, à l’adolescence.

 

Don Juan n’est pas un ténor. Il est généralement chanté par un baryton, voire un baryton-basse. C’est un prédateur comme Scarpia, monstre cruel dans Tosca, mais avec plus de séduction. Il incarne l’homme infidèle, collectionneur de papillons, qui se préoccupe plus de quantité que de qualité. Le « catalogue » lui importe plus que l’émotion. Et le baryton-basse, assurément fait viril. Mais Don Juan, après l’avoir défié, sera écrasé par le Commandeur, basse entre les basses.

 

Des voix de femmes, en fonction de leur tessiture, de leur couleur, de leur légèreté, on peut dire qu’elles émeuvent diversement les hommes selon leur nature et leur tempérament. Les voix légères sont par essence désincarnées. Ce n’est pas dans sa sexualité qu’elles touchent l’homme, mais parfois elles l’émeuvent, précisément pour la fragilité qu’elles évoquent ou par ce qu’elles conservent d’enfantin, d’innocent. Elles peuvent paraître aussi inaccessibles que les voix d’anges.

 

La voix de soprano, qui se colore davantage, peut être pure et exquise elle aussi, mais il y a plus de coquetterie, de charme, de séduction. La femme virevolte autour de l’homme, capricieuse parfois, mutine… mais elle garde aussi ses distances, devenant ainsi l’objet de tous les fantasmes masculins. Ce n’est pas un hasard si les grands compositeurs d’opéra ont fait la part belle au soprano.

 

La voix de mezzo-soprano est traditionnellement liée à la femme plus charnelle, plus incarnée, parlant plus immédiatement aux sens de l’homme. Elle ne se protège plus avec les mêmes barrières, les mêmes fuites. Elle suscite et accueille le désir et s’y abandonne. On n’imagine pas Carmen avec une voix de soprano léger…

 

Au contralto, le compositeur réserve les rôles de femmes fatales, étranges, de sorcières, de méchantes, mais plus souvent de mères, de nourrices, de mères prieures, de femmes apaisées, apaisantes, au-delà de la sexualité, figure de Piéta, douloureuses, des Stabbat Mater. Cette voix grave est chargée de l’expérience de la vie, de la souffrance humaine, pour aborder enfin aux rives bénies de la paix.

 

L’avez-vous remarqué ? La voix d’une personne amoureuse change. Cette même personne qui avait une voix pincée et désagréable, brusquement, trouve des intonations chaudes, musicales, pleine de saveurs et d’attrait. Sa voix est devenue ronde, chantante, colorée. Nous devrions tous acquérir, dans le langage parlé, des voix d’amoureux ! Chanter alors deviendrait facile.

 

Bien sûr, tout le monde ne pourra pas pour autant chanter à l’opéra ni en concert, mais chanter une simple mélodie ou psalmodier sur quelques notes est à la portée de chacun. Et quelle joie cela nous apporte.

 

La voix doit être exactement la même pour le langage parlé que pour le chant. Chantez vos phrases et parlez votre chant. Même sur un plan strictement  professionnel, vous y trouverez votre compte. Car une voix musicale et bien posée ne fatigue pas celui qui l’émet, ni celui qui l’écoute. Et ce n’est pas en criant que votre voix devient plus audible, ni que vous acquerrez davantage d’autorité, mais c’est en prononçant bien comme si vous goutiez chaque mot comme un bonbon et en respirant amplement. Ce n’est pas en parlant vite, d’une voix énervée et impatiente, que l’on vous écoutera mieux. Introduisez au contraire des pauses, des temps d’écoute et de silence.

 

Vous comprendrez aisément que seule une voix naturelle, libérée, décontractée, musicale ne s’use pas, même lorsqu’on s’en sert. Inversement, si vous ne savez pas utiliser votre voix, si vous avez pris l’habitude de la « forcer », vous usez cet instrument merveilleux, vous vous fatiguez vous-même et vous fatiguez votre entourage.

 

Comme on apprend à conduire, tout le monde aujourd’hui devrait apprendre à utiliser sa voix. D’abord, et en premier lieu, pour le langage parlé dont dépendent nos relations familiales, sociales et professionnelles puis pour chanter, car chanter nous amène un épanouissement extraordinaire.

 

 

 

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